Le Procès est le roman le plus célèbre de Kafka et celui dont l'influence sur la littérature et la pensée du XXe siècle a été la plus profonde. L'histoire de Josef K., arrêté un matin sans raison apparente et soumis à un procès dont il ne comprend jamais ni les règles ni les chefs d'accusation, est devenue une métaphore universelle de l'absurde bureaucratique et de la culpabilité sans objet. L'adjectif « kafkaïen » vient de ce roman.
La clé du Procès en termes de traduction est la même que pour La Métamorphose : la prose de Kafka est délibérément neutre, plate, fonctionnelle — ce qui contraste de manière vertigineuse avec la situation cauchemardesque décrite. Traduire avec élégance ce qui est écrit sans élégance, c'est trahir le roman. Les deux grandes traductions françaises répondent différemment à ce défi.
Le roman était inachevé à la mort de Kafka et a été publié par Max Brod dans un ordre dont la légitimité a été discutée. Les éditions modernes signalent généralement ce statut inachevé.
Le Procès — trad. Alexandre Vialatte (Gallimard Folio)
La traduction classique, celle qui a imposé Kafka en France
Alexandre Vialatte a traduit Le Procès pour Gallimard dans les années 1930, et cette version a été le vecteur principal de la réception de Kafka en France pendant des décennies. Son français a une élégance et une densité littéraires qui ont fasciné des générations de lecteurs — et qui ont probablement contribué au prestige intellectuel de Kafka dans la culture française, où il a été lu comme un écrivain métaphysique davantage que comme un humoriste de l'absurde. L'édition Gallimard Folio reste très accessible et très bien diffusée. Pour un premier contact avec Kafka, c'est une porte d'entrée tout à fait légitime, même si elle colore le texte d'une teinte littéraire que l'original n'a pas.
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Le Procès — trad. Bernard Lortholary (Flammarion GF)
La traduction moderne, la plus fidèle au style neutre de Kafka
La traduction de Lortholary pour Flammarion restitue avec une précision supérieure la neutralité stylistique qui est au cœur du projet de Kafka. Son Josef K. est pris dans un appareil judiciaire décrit avec le même détachement bureaucratique que si l'on remplissait un formulaire administratif — et c'est précisément ce détachement qui crée l'horreur. Lortholary traduit Kafka comme Kafka écrit : sans effets, sans ornements, avec la fausse objectivité d'un greffier. Pour un lecteur qui veut comprendre pourquoi Le Procès est un roman comique autant qu'un roman terrifiant, cette traduction est indispensable. L'édition Flammarion GF est disponible avec des notes critiques utiles.
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Le Procès — Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard)
L'édition critique, avec l'histoire textuelle et les variantes
L'édition Pléiade de Kafka est particulièrement précieuse pour Le Procès parce qu'elle aborde la question épineuse de l'établissement du texte : Kafka n'avait pas numéroté ses chapitres, et Max Brod, qui a publié le roman après la mort de l'auteur, a dû faire des choix éditoriaux qui ne font pas consensus. Les éditions critiques modernes ont proposé des ordres alternatifs pour les chapitres, et l'édition Pléiade permet de confronter ces options. C'est l'édition pour le lecteur qui veut lire Le Procès comme un objet textuel, pas seulement comme une œuvre littéraire.
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