Référence
Glossaire
Les termes grecs qui structurent le monde d'Homère
| Terme | Sens et portée dans l'Odyssée |
|---|---|
| Nostos (νόστος) | Le retour au foyer après une longue absence — notre mot « nostalgie » en dérive directement (la douleur du retour). C'est le sujet central du poème. Ulysse consacre dix ans à tenter son retour à Ithaque, et chaque obstacle est un retardement de ce nostos. Mais Homère suggère que le vrai retour est intérieur autant que géographique : Ulysse ne retrouve pas sa maison telle qu'il l'a laissée — il doit la reconquérir. |
| Xénia (ξενία) | L'hospitalité sacrée entre hôte et étranger, protégée par Zeus lui-même. Elle impose d'accueillir l'inconnu, de le nourrir et de lui offrir des cadeaux — sans même lui demander son nom avant qu'il ait mangé. La xénia gouverne chaque rencontre du poème : les Phéaciens l'honorent parfaitement, le Cyclope la viole de façon monstrueuse, les prétendants en abusent de façon scandaleuse. Comprendre la xénia permet de voir pourquoi certains personnages sont punis et d'autres récompensés. |
| Kléos (κλέος) | La gloire et la renommée qui survivent à la mort, transmises par la poésie. C'est la forme d'immortalité accessible aux héros mortels. Dans l'Iliade, Achille choisit le kléos et la mort précoce. L'Odyssée pose une autre question : le kléos appartient-il aussi à l'homme qui survit par la ruse ? Ulysse choisit la vie mortelle et le retour plutôt que l'immortalité avec Calypso — précisément parce que ce retour sera chanté par Homère. |
| Mètis (μῆτις) | L'intelligence pratique, la ruse, la capacité à trouver la solution inattendue au dernier moment. C'est la vertu distinctive d'Ulysse — appelé polytropos (« aux mille tours ») dès le premier vers du poème. Face au Cyclope, il n'affronte pas la force brute : il invente un plan. Athéna, déesse de la sagesse stratégique, est son alliée naturelle parce qu'elle reconnaît en lui la mètis qu'elle incarne elle-même. |
| Aretè (ἀρετή) | L'excellence — l'accomplissement optimal de ce à quoi un être est destiné. Dans l'Iliade, c'est la vaillance au combat. Dans l'Odyssée, c'est plus large : l'aretè d'Ulysse est sa ruse et son endurance ; celle de Pénélope est sa fidélité et sa propre intelligence. La reine des Phéaciens porte littéralement ce nom. Le poème demande si ces formes d'excellence sont aussi héroïques que les exploits guerriers d'Achille — et sa réponse semble être oui. |
| Hubris (ὕβρις) | L'arrogance excessive, le franchissement des limites fixées aux mortels par les dieux. Elle déclenche presque toujours la punition divine. Ulysse commet une hubris en révélant son nom au Cyclope après l'avoir aveuglé — ce qui donne à Polyphème le moyen de maudire son père Poséidon, et coûte à Ulysse dix années de voyage supplémentaires. Les prétendants incarnent l'hubris institutionnalisée : ils consomment les biens d'Ulysse, déshonorent son foyer, et traitent sa femme comme un trophée. |
| Moly (μῶλυ) | La plante magique à fleur blanche et racine noire donnée à Ulysse par Hermès pour le rendre invulnérable aux sortilèges de Circé. Le mot n'apparaît qu'une seule fois dans toute la littérature grecque — ici, dans l'Odyssée. Son identité réelle est débattue depuis l'Antiquité sans consensus. Le moly représente l'intervention divine : certains dangers dépassent la mètis humaine et réclament l'aide des dieux. |
Pour les thèmes que ces termes structurent : Thèmes et Thèmes et Motifs.